samedi 24 décembre 2011

Comment elle est trop dure ma vie.



Hé, tu te souviens de la fois où j'étais chez Tchip, la chaîne au nom horrible, et où j'avais dit que c'était pas mal en fait?


Eh ben, je retire tout ce que j'ai dit.


Depuis hier, je me regarde dans le miroir en faisant pourquoi, mais pourquoiiiii, et c'est la faute de Tchip. 


(Tandis que la dernière fois je me regardais dans le miroir en faisant ouh, ah, comme je suis belle, et là, c'était grâce à Tchip. On a un peu une relation amour-haine. Si Tchip était un être humain, on serait Ross et Rachel.)


En fait, j'arrête pas de me répéter que mes cheveux étaient même pas si horribles, avant. D'habitude je vais chez le coiffeur tous les six mois, là ça faisait juste deux mois. Mais bon, c'est pas cher, et j'avais des fourches, et je voulais être jolie pour Noël et Nouvel An.


Ah ben bravo, super, je vais devoir photoshopper des cheveux sur toutes mes photos du Nouvel An avant de les mettre sur Facebook, bonjour l'ambiance. (Bon, mais tant qu'à faire, je vais mettre les cheveux d'Eva Longoria.)


Le problème, avec moi, c'est que dans la vraie vie, je sais dire non. 


"Frites-Coca?" "Non!" (Potatoes-Ice Tea for ever.) 


"Je vous fais un avoir?" "Non!" (File-moi du cash connasse, je viens jamais dans ton magasin.)


"Il y en a un peu plus, je vous le mets quand même?" "Oui!" (parce que bon, faut pas déconner, on a jamais TROP de jambon)


Mais chez le coiffeur, c'est comme si toute ma volonté sortait par mes pores au moment de franchir la porte, et me transformait en poupée qui fait oui oui oui.


Genre, à chaque fois que c'est l'heure du shampooing, la coiffeuse me fout de l'eau plein les yeux, et je dis rien! Pire, elle m'ébouillante la tête avec sa douche à mille degrés, et ensuite ELLE ME DEMANDE :


- La température, ça va?


Et moi je dis TOUJOURS :


- Oui oui très bien.


Alors que je suis en train de me faire cramer au troisième degré. 


Pourquoi? Mais pourquoi?


Et là, c'était pareil. La coiffeuse me demande ce que je veux faire, je lui parle de couper les fourches, et elle me dit :


- Ça vous dirait d'essayer un carré plongeant?


Un carré plongeant? 


- Ecoutez madame la coiffeuse, je ne peux même pas vous faire imaginer à quel point j'exècre les carrés plongeants. J'ai eu une seule coupe de cheveux de deux à douze ans, et c'était un carré. J'ai eu une seule coupe de cheveux de douze à quinze ans, et c'était un carré plongeant. J'ai bouffé assez de carré pour le reste de ma vie, merci bien. En plus ça ne me va atrocement pas, j'ai déjà un visage carré, alors avec les cheveux courts, ça me fait une mâchoire de pub pour Gilette.


Ça, c'est ce que j'aurais dû lui dire.


- Ah bah, oui, tiens, pourquoi pas, tiens, j'y avais jamais pensé.


Ça, c'est ce que j'ai dit. (Conne!)


Donc la coiffeuse m'a fait un carré plongeant. Ça, c'était de ma faute.


Par contre, là où c'était pas de ma faute, c'est quand, à mi-chemin, elle s'est rendue compte que mes cheveux n'étaient pas assez long sur le devant pour me faire un carré plongeant, et que plus ils sont courts, plus ils rebiquent. Et, au lieu d'arrêter le massacre et de me faire un truc bof, qu'est-ce qu'elle a fait? 


ELLE A CONTINUE A COUPER!


Donc elle a vu que ça n'allait pas, et elle a coupé, coupé, dégradé, puis encore coupé. 


Et moi, pendant tout ce temps, je lisais mon livre, hein! Normal, parce que je lis toujours mon livre pendant qu'on me coupe les cheveux, sinon je me sens obligée de faire la conversation avec la coiffeuse et je sais jamais quoi lui dire, alors je finis toujours par dire "Oh là là, ça s'est drôlement rafraîchi ces derniers temps dis donc!" et personne ne mérite d'entendre des choses pareilles donc ça vaut mieux pour tout le monde que je lise mon livre.


Et quand j'ai senti comme une brise au niveau de mes oreilles et que j'ai levé les yeux, c'était déjà trop tard. J'avais une coupe au bol.


- Donc là, je vais te donner des sous pour avoir la coupe de cheveux d'Amélie Poulain? C'est bien ça?


Oui parce qu'en plus, je sais pas si elle a utilisé des ciseaux ou un taille-haies ou quoi, mais c'est un carré façon "serpette" qu'elle m'a fait, la connasse.


(Mais j'ai donné les sous quand même. Je te le dis, il y a une magie sombre à l'oeuvre chez les coiffeurs.)


Donc voilà. J'ai dépensé 20 euros pour avoir la coupe de Mireille Mathieu. Et en plus ça va mettre des années à repousser, parce que mes cheveux poussent à peu près aussi vite que le reste de mon corps (c'est-à-dire qu'ils ont poussé jusqu'en quatrième, et puis ils m'ont dit merde).


Mon nez a l'air gigantesque. Mes oreilles dépassent de mes cheveux. J'ai l'impression d'avoir un double menton qui a poussé. Et je peux même pas m'attacher les cheveux pour masquer l'étendue du désastre.


Alors bon, si j'étais une ado de quinze ans, je m’égosillerais sur Facebook que je vais MOURIR, j'irais me cacher sous ma couette pendant des jours, et je porterais des bonnets, bon an mal an, jusqu'à ce que ça repousse.


Mais je suis une adulte responsable, je lis "le Monde" édition spéciale pour les fêtes :


- Joyeux Noël à tous! C'est le génocide en Syrie! Ha ha qu'est-ce qu'on se marre! Hé, petit fait amusant : pendant que tu savoures ton chocolat, tu savais qu'en Corée du Nord c'est la famine? Hi hi c'est l'éclate totale! Achète-moi une montre Cartier à huit milliards d'Euros! Et dépêche-toi, bientôt, tu devras l'acheter en Francs! Youpi, c'est la fête!


(Sérieusement, le Monde, quand je te lis, j'ai envie de tresser ton journal en corde et de me pendre avec.)


Donc, comme je suis une adulte responsable, consciente de mon statut de privilégiée, et assez équilibrée pour comprendre l'importance de la beauté intérieure, voilà ce que j'ai fait depuis hier :


Je suis allée m'égosiller sur Facebook que ma coupe de cheveux est ratée et que je vais MOURIR. Je suis allée me cacher sous la couette et j'ai même pas osé sortir les poubelles. Et à partir de demain, bon an, mal an, je vais mettre des bonnets jusqu'à ce que ça repousse.


Parce que je fais ce que je veux avec mes cheveux.








PS : Ah, oui, j'avais oublié: cette coupe me fait une tête de garçon de douze ans. 


C'est très perturbant. 

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