mercredi 7 décembre 2011

Apporte-moi des bonbons dans mon petit panier.


J'interromps une minute ma semaine folle (wouhou, six partiels et une conférence à organiser entre 30 heures de cours, je ne carbure pas du tout au Guronsan) pour te parler de la Saint Nicolas.

Parce que la Saint Nicolas, chez moi, c'est sacré. Assez bizarrement, d'ailleurs, puisque dans ma famille de hippies, on est tous athées, sauf ma mère qui est agnostique, parce qu'elle dit que, quand on a vécu aussi longtemps qu'elle, on ne peut plus croire aux coïncidences, et que la fois où j'ai failli me faire écraser par un camion allée de la Robertsau (mais en fait pas), c'était mon Papapa qui m'a sauvé par la force de son amour. Bref, ça n'explique toujours pas pourquoi, chaque année, on fête un saint Catholique.

Mais on est en Alsace, ma petite dame, voilà pourquoi! Le régime du Concordat de 1801, il est pas là pour des prunes! La séparation de l’Église et de l’État, c'est pour les chochottes!

En fait, je vais te dire un secret sur le Concordat. C'est pas spécialement qu'on y tient parce qu'on a furieusement envie de se faire débiter tous les ans par le Trésor Public pour payer des salaires aux curés, pasteurs et autres rabbins. (Non, perso, moi je m'en fous, la quête ça existe pour une raison.) C'est surtout parce que, si on nous enlève le Concordat, c'est DEUX jours fériés qu'on nous sucre! Imagine l'horreur! On ne pourrait plus poker nos potes de l'intérieur sur Facebook en leur disant:

- Ouais, et sinon, tu fais quoi pour Vendredi Saint? Moi je vais me lever à midi, ensuite je vais aller à la piscine avec des potes, et faire du toboggan toute la journée, et ensuite on va aller au ciné et manger plein de pop-corn!
- Ben moi, je bosse.
- QUOI? Tu bosses un Vendredi Saint? C'est affreux! Ah mais nan, attends, c'est vrai! Vous avez pas le Vendredi Saint chez vous! Ha ha quelle sotte je fais!

(Ça me briserait le cœur de ne plus pouvoir faire ça.)

Du coup, on fête les trucs Catholiques à l'école, et c'est la totale : tu dessines des ânes toute la journée, tu manges du pain d'épice à la récré, et y'a même  Docteur Rogi avec une fausse barbe Saint Nicolas qui vient dans ta maternelle et qui t'offre des clémentines. C'est la grosse fête.

Et, bien sûr, il y a la traditionnelle légende de Saint Nicolas qui te terrifie jusqu'au plus profond de ton être (parce que, sinon, ce serait pas drôle).


En fait, je t'explique : au Moyen Age, les gens, c'étaient tous des gole-mon. Peut-être parce qu'ils étaient tous un peu consanguins, ou peut-être parce que leur esprit était ralenti à cause de la peste et du scorbut, et de tous ces trucs pas chouette. Quoi qu'il en soit, Saint Nicolas avait sacrément du pain sur la planche, parce que, dans les légendes, il arrive toujours à croiser des gens à sauver, comme ça, en baguenaudant avec son pote l'âne.

Par exemple, prenons une légende au hasard : la légende de l'enfant bouilli (oh oui, ça commence super bien).

Un jour, une mère lavait son jeune enfant dans un chaudron, dont elle faisait tiédir l'eau sur l'âtre....

Ok, je t'arrête là tout de suite : on a bien compris ce qui est en train de se passer? C'est-à-dire que, la mère, au lieu de faire chauffer son chaudron, de le sortir du feu, et de mettre le gamin dedans, elle a fait l'exact inverse!

Ouais, hein, après tout, pourquoi pas. Elle met son gamin dans le chaudron, et elle se dit :

- Cornegidouille! Cette eau étions bien fraîche pour mon enfançon! Que faire? Je l'seus! J'allions y mettre eul'chaudron sur l'âtre, afin d'en réchauffer l'eau!

Ouais, trop logique ton idée. Je mets mon enfant sur le feu, qu'est-ce qu'il pourrait bien se passer? Rien de grave, sûrement. (Déjà, cette meuf, je sens qu'elle cumule : elle doit être consanguine ET avoir le scorbut.)

Bon, continuons l'histoire :

Or, ce jour-là, une fête était donnée à la cathédrale en l'honneur de Saint Nicolas. La mère s'y rendit, oubliant son enfant dans la marmite qui chauffait... 

QUOI?! MAIS QUOI?!

Mais t'aurais mieux fait d'élever ton placenta, toi, c'est pas possible!

Là, c'est quand même génial, ça mériterait un Darwin Award. Donc, la mère est en train de faire du pot-au-feu avec son marmot, une grognasse passe lui dire qu'il y a une messe, et elle fait quoi? Elle file à tout allure à la cathédrale, et elle laisse son gosse sur le feu! Comme ça on est bien sûr qu'il meure!

C'est vrai, quoi : si elle l'avait juste laissé hors du feu dans sa marmite, il aurait eu, quoi? 90% de chances de mourir noyé? Mieux vaut ne pas prendre de risques, c'est plus prudent.

(Pauvre gosse. Mieux vaut qu'il crève tout de suite, avec des gènes pareils, comme ça on arrête la propagation.)

Quand elle revint, elle trouva son enfant qui jouait dans l'eau bouillante, sain et sauf...

Tu vois, quand je te disais que Saint Nicolas avait du pain sur la planche? Ça m'étonne pas, avec des abrutis pareils! 

 Entre les teu-bé qui font cuire leurs enfants et ceux qui les salent pour en faire du jambon de Parme, il devait même plus avoir assez de mana pour faire ses miracles, à la fin de la journée!

Et heureusement qu'il était là pour faire ses miracles, d'ailleurs. (Soit dit en passant, ça aurait peut-être été plus simple de SORTIR le gamin de l'eau, au lieu de faire "pouf pouf l'eau ne te brûle plus, petit bambin", mais bon, tu le connais, Saint Nicolas, faut toujours qu'il se fasse mousser.)

T'imagines, Saint Nicolas aujourd'hui, comme il galérerait? Toute la journée il devrait entrer dans les maisons des gens pour débrancher des appareils électriques, couper le gaz, ou cacher la clef du coffre où papa a mis le fusil de chasse.  (Et en plus, j'te raconte pas la galère pour garer son âne. Au Moyen Age c'est bon, tu le laisses sur la place du village, même pas besoin d'antivol. Tandis que maintenant, Saint Nicolas, s'il va faire un miracle dans le 93, le temps qu'il se retourne, son âne, c'est déjà du saucisson.)

Tandis qu'au Moyen Age, malgré le handicap des gens gole-mon, c'était quand même plus facile à gérer : il suffisait de ressusciter de la viande vieille de 7 ans, ou sortir les enfants des marmites d'eau bouillante, ou de donner des sous à des prostituées.

(Mais ça, c'est une autre histoire.) 

Joyeuse Saint Nicolas à tous!


3 commentaires:

  1. Ouaiiis des manalaaaaaas!!! ^^ c'est top la saint nicolas..je vais louper tout ça à Paris moi!!! (ils sont tous dégeu et ils appellent ça des 'bonhommes'...j'ai pas envie d'acheter des bonhommes moi!

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  3. Eh ben moi j'ai expérimenté la période la plus traumatisante de ma vie pour la Saint Nicolas.
    J'étais à Paris, et dans cette dimension parallèle, ça existait pas la Saint Nicolas ! Personne savait ce que c'était ! J'ai dû aller en ECO le vendredi saint ! Et, le pire du pire : j'ai même pas mangé de manele ! T_T
    Ce qui fait que quand mon prof d'histoire de la traduction (belge) a dit "Joyeuse Saint Nicolas à tous les alsaciens et les lorrains" j'ai hurlé "Merciiiiiiiii !", super jouasse et super dingue, dans tout l'amphi.
    Voilà ce que ça donne une alsacienne sans Manele. Rien de bon, je vous le dis.

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