mercredi 28 janvier 2009

aujourd'hui, une histoire d'enfance et de gnons




Dans ma vie, j'ai eu trois yeux au beurre noir.


Il paraît que c'est pas très commun pour une fille, alors j'ai pensé que je vous expliquerai. Parce que c'est vrai que vous connaissez pas mes parents, alors je tiens quand même à dire que c'était pas de leur faute. Ils m'ont élevé avec tout l'amour du monde et un très petit minimum de baffes, et certainement pas à coups de gnons dans la tronche.


Non, ces yeux au beurre noir
(et soit dit en passant, je hais les gens qui disent "des oeils au beurre noir", je dis aussi "des clins d'yeux" et tant pis si ça vous défrise) je les ai acquis dans la souffrance et la maladresse de mes jeunes années. Ce furent des expériences traumatisantes et des années de tourment, desquelles résultent, notamment, un amour inconditionnel des motards et des pandas.

Mais c'est toujours marrant de rire du malheur des autres, alors je vais vous raconter leurs histoires. Notons qu'elles se déroulent toutes dans un environnement enneigé, je vais vous dégoûter d'habiter dans la montagne.


Le premier oeil au beurre noir a surgi brutalement, à l'aube de mes cinq ans
(trop fort la rime de ouf). Ce jour-là, avec ma soeur, on s'est dit tiens, allons gaiement faire de la luge sur la colline d'à côté d'chez nous. La colline était habituellement l'objet de nos glissades, culbutes, et autres gadins à la Carrie Ingalls favoris. Mais ce jour-là, le soleil traître avait rempli son vile office, et de neige, il n'y en avait nenni.

C'est là que ma soeur a eu une brillante idée : "Eh regarde, y'a encore plein de neige dans la forêt", s'exclama-t-elle avec l'enthousiasme d'un daltonien qui aurait enfin trouvé Charlie, "y'a qu'à aller luger là-bas".


Ah, quelles idées admirables peuvent passer dans la tête des enfants. Ouais, ce serait trop cool de luger sur la pente de la forêt ! Encore plus cool que de jouer aux Pogs, encore plus cool que de regarder Les Années Collège.


On aurait juste à faire s'évaporer les arbres comme les Power Rangers.


Sauf qu'on était pas des Power Rangers.


On a dévalé la pente à la vitesse de l'éclair
(ce qui en transcription enfant-humain doit bien faire dix kilomètres heure), on a percuté de plein fouet un sapin qui n'avait jamais rien demandé à personne, on a cassé la luge en deux, ma soeur a échoué dans un joli bouquet de ronces, et moi, je me suis à moitié empalé l'oeil sur une branche qui passait par là.

C'était le premier de la série, mais pas le dernier.


Le second est arrivé un autre hiver, j'avais huit ans, et c'était le jour où j'ai descendu ma toute première piste noire de toute ma vie entière. Ce qui est un grand accomplissement quand on a grandi dans la montagne.


Donc je descendais en technique de chasse-la-neige, avec mon papa pas loin qui me criait fais des parallèles fais des parallèles, facile à dire quand on sait ce qu'on fait hein. Au final, j'ai réussi un virage, puis deux, puis trois, puis je me suis arrêtée avec les skis en parallèles, quand tu te la pètes bien en envoyant valser de la neige partout.

J'ai crié tu me vois papa t'as vu ce que j'ai fait, je l'ai vu tout au bout de la piste en train de montrer derrière moi en cirant attention Charlotte, alors je me suis retournée.


Maintenant, ce qu'il faut que vous sachiez, c'est que le long de la piste noire, il y avait un tire-fesses qui montait, et qu'il n'y avait aucune barrière entre ledit tire-fesses et les gens qui skiaient, si ce n'est le bon sens. Et je pense que l'aventure précédente a suffi à vous convaincre que, du bon sens, j'en avais pas tant que ça. En conséquence, ce qui faisait gesticuler mon père, c'était de me voir dangereusement proche des skieurs qui montaient tranquillement, concentrés sur leurs pieds pour bien suivre les rainures de la piste.


Je tiens également à préciser qu'il a fallu que la seule perche vide de toute la ligne sur trois kilomètres, il a fallu qu'elle soit là juste quand je m'approchais. Et que juste au moment où je me retournais en disant "hein?", il a fallu qu'elle choisisse ce moment pour prendre un petit élan et courir saluer mon arcade sourcilière.


Si j'avais été un mec, je me serais sautée dessus
(oui, j'ai aussi un amour inconsidéré pour les blessures à l'arcade, mais depuis avant mon oeil au beurre noir). J'avais le sourcil sanglant et l'oeil enflé comme le front d'Igor Bogdanov, et j'ai pu frimer à l'école pendant trois semaines avant que les cellules fassent leur boulot et me réparent (Professeur Flaxou essayé de m'expliquer comment ça marche, mais encore une fois, j'ai pas tout compris. Une histoire dégueu de pus et de peaux mortes).

Et la troisième fois, c'était l'hiver suivant, encore une fois au ski. Cette fois-ci, j'étais sur une piste rouge. La piste rouge finissait avec les tire-fesses (il fallait tourner à gauche pour entrer dans la voie de déccélération pré-tire-fesses). Je suis arrivée à une vitesse super-hypersonique (ce qui en transcription enfant-humain doit bien faire vingt kilomètres heure) et j'ai tourné un minuscule chouia trop tard.

Et donc, un minuscule chouia après la voie de déccélération pré-tire-fesses, il y avait une jolie petite auberge avec un joli petit auvent pour acheter les tickets de ski, avec un joli petit toit soutenu par un joli gros poteau en bois massif.


Ai-je vraiment besoin d'expliquer ce qui s'est passé ? Non, mais je vais le faire quand même.


Emportée par mon allure, et sans doute un peu distraite par un oiseau qui passait dans le coin, j'ai tranquillement foncé vers le poteau à une vitesse qui approchait celle de la lumière (ce qui en transcription enfant-humain doit bien faire trente kilomètres heure), et je l'ai percuté de presque-plein fouet.

C'est-à-dire que mon ski droit l'a percuté avant moi, et puis il s'est cassé en deux, et ensuite c'était moi.


Je me souviens d'un grand choc, d'une lumière blanche, d'un long tunnel apaisant
(non je blague là) et puis d'une douleur sur tout le côté droit de mon visage et du vieux monsieur du tire-fesse qui m'a fait boire un coup de schnaps pour me remonter (c'était un monsieur de la montagne).

J'ai passé la semaine suivante à rassurer l'institutrice que oui, tout allait bien à la maison, et à parader à l'école avec mon troisième, et dernier, oeil au beurre noir.


Depuis, j'ai eu des bleus, des croûtes, des foulures, des cicatrices de guerre grandes comme aç'
(maudits Gilette Vénus à trois lames), mais plus jamais d'yeux au beurre noir.

Mais j'espère bien que le temps des bobos n'est pas encore derrière moi.
Il me reste encore à me casser un os, à être dans une vraie bagarre, à avoir des points de suture, à me péter un ligament, à me faire une entorse, et à me prendre une balle, pourquoi pas.

Parce qu'avec une enfance comme la mienne, ce n'est plus juste de la chance si les yeux au beurre noir sont restés ma plus grande blessure.

C'est juste que je suis incassable.

5 commentaires:

  1. Huhu ~~ J'ai donc l'honneur de mettre le premier commentaire ! Oh la classe ! ^^

    Et euh... moi aussi, je me suis pris un sapin, mais c'était à ski, et ça m'a pas fait d'œil au beurre noir. Juste une magnifique cicatrice, qui ressemblait pas à grand-chose sur le côté dla tête. Et ça, par contre, c'était pas classe...

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  2. chevelure-exquise31 janvier 2009 à 23:54

    hey Bruce willis, enfin un article :D (j'ai d'ailleurs remarqué que j'etais une cliqueuse folle, je viens 4 a cinq fois par jour voir si tu as mis un nouvel article ><) Je t'avais dit que ça ferait un bon article hein ^^ j'suis trop forte :D J'ai presque autant rigolé que quand tu me l'as raconté l'autre soir chez toi.

    Puis depuis oui, tu t'es fait surtout des croutes hein ^^

    -Mais te gratte pas! Regarde ce que je suis devenue!
    -Une croute???

    Jte kiffe ma croute aux yeux beurre noirés!

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  3. j'avoue, t'as bien raison: ça fait rire le malheur des autres ^^
    (et surtout ceux qui se prennent pour Bruce Willis ;) encore meilleur...)
    Poka!

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  4. Ben dis donc ça a pas l'air facile tous les jours ta vie! :D
    Dans la catégorie oeil (ou yeux...) au beurre noir ridicule, ma mère fait pas mal non plus: elle, elle a carrément réussi à se faire le coup du rateau! Tu sais, un pauvre rateau innocent étendu par terre dans le jardin, pof tu marches sur les dents (tournées bien évidemment vers le ciel) et, loi physique oblige, effet de levier, et tac tu te manges le manche en pleine tronche. Vous en reviez, ma mère l'a fait.

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  5. Je suis contente de n'avoir jamais fait de ski ^^ (bien trop dangereux pour moi, avec mon célèèèèbre sens de l'équilibre qui fait que j'arrive même pas à marcher en ligne droite, sinon je tombe !)
    Des os cassés, j'ai déjà eu : le poignet (en tombant de 10cm de haut, il faut le faire) et l'orteil (on m'a lâché un banc dessus, fallait le faire !)
    J'ai aussi deux cicatrices (une suite à une opération d'une hernie et l'autre sur le front après avoir percuté une remorque à bord de mon tricycle [J'ai dévalé une pente, j'ai une excuse^^]).
    Et - évidemment - les multiples bleus (je ne connais même pas leur provenance à tous).
    Mais je suis toujours vivante - moi aussi :p
    Mais... Je me demande si tu n'es pas un peu plus incassable que moi :)

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