samedi 29 avril 2017

Avoir des bons copains


(J'adore cette photo stock. Est-ce que l'appel de casting spécifiait 'gens les plus crispés du monde'?)


Au boulot, j'ai plein de potes.

Ce qui est très chouette, puisqu'à mon ancien boulot, j'avais juste des collègues de soixante-cinq balais, une boss micromanager hyper collante, et Satan, prince des mouches.

(En vrai c'était ma collègue Karen, mais je pense que c'est plus logique si je l'appelle directement par son vrai nom.)

C'est d'autant plus chouette d'avoir des amis au boulot qu'ils sont tous dans mon département (c'est pas de ma faute, les gens du marketing c'est les meilleurs). Et c'est même pas du racisme anti-autres départements, puisque j'étais amie avec des gens de plusieurs bureaux différents (la secrétaire de direction, le chef du département e-commerce, une fille de l'approvisionnement) et qu'on nous a très récemment annoncé un remaniement dans la boîte qui fait qu'en gros, ces trois personnes bossent maintenant pour le département marketing.


Il y a Emma, qui est la plus adulte de tout le groupe, parce qu'elle a été émancipée à 17 ans, qu'elle a travaillé en parallèle de la fac, et maintenant elle a 28 ans, elle est mariée, en voie d'être promue manager, et elle vit à la campagne dans sa PROPRE MAISON (qu'elle a ACHETÉE) (oui j'insiste mais on est à Auckland, t'imagines pas comme c'est important) avec un potager et des poules.

(La meuf elle a déjà accompli sa vie plus que ton daron.)

Emma c'est une nana adorable, qui est gentille comme tout, intelligente, ultra professionnelle, pleine de bons conseils, et aussi des fois le week-end elle prend de l'acide attends quoi?

- Non, mais de l'acide j'en ai pris qu'une ou deux fois, hein.
- Ah bon!
- Non, je préfère largement les champis.


Emma est mariée à Brody, qui bosse aussi dans notre boîte (mais dans un autre département) et c'est un mec sympa et tout, mais juste un poil obsessionnel, et par cela j'entends: il aime trois choses dans la vie (Emma, le drift, et les barbecues au charbon) et c'est TOUT.

(Genre le mec n'aime ni les films, ni les séries télé, parce que "c'est une perte de temps, c'est pas la vraie vie".)

(Et il n'écoute pas de musique (DU TOUT) parce que "ça fait du bruit, j'aime pas le bruit".)

Mais à part ça, c'est un chic type.

(Et son pulled pork mériterait une médaille tellement c'est une tuerie.)

Après, on a Dylan, qui doit être moitié Kiwi et moitié Sioux parce qu'il a le pas le plus silencieux du monde, du coup trois fois par jour je me retourne et Dylan est juste LA.


(Pareil.) 

Dylan c'est aussi le gars qui flirte ouvertement avec toutes les nanas en mode "haha mais c'est pour rire, voyons, je suis marié" mais en fait tu sens quand même qu'il dirait pas non si y'avait moyen.

(Avoue, on en connaît tous un.)

(Ou une.) (C'est plus rare mais j'en ai vu.)

Dylan c'est quand même le gars qui est le meilleur boosteur d'estime de soi, parce que dès que tu lui rends un petit service, c'est comme si tu l'avais guéri du cancer:

- Charlotte, tu penses que tu pourrais me designer des cartes de remerciement pour les clients?
- Bien sûr!
- Super, t'es la meilleure!
- T'as une idée sur la composition?
- Non, mets ce que tu penses être bien, je te fais confiance, t'es tellement géniale!
- Oookay. Ben voilà ce que j'avais en tête, ça te plaît?
- Tu es le plus exquis et incroyable des êtres humains. Ton talent n'a d'égal sur cette planète.


(Bon, l'inconvénient, c'est que maintenant tous les gens qui bossent avec lui ont LE PLUS GROS MELON AU MONDE.)

Dans le département, on a aussi Amy, la sœur de Dylan, qui est super rigolote et qui aime tout le monde, et quand tu lui proposes un truc elle est toujours partante:

- Bon les filles il est 17h, on va boire un verre?
- OUAIIIIIS!

- Je sais qu'il est que 11h30 mais j'ai déjà faim, ça vous dit d'aller chercher des bagels?
- OUAIIIIIS!

- Amy, on peut se faire une réunion la semaine prochaine pour discuter des stratégies réseaux sociaux?
- J'ADORE LES STRATÉGIES RÉSEAUX SOCIAUX!

Bref, c'est la première fois que je rencontre quelqu'un avec un enthousiasme et un optimiste aussi débridé que le mien, et on pourrait penser qu'on s'annule mais en fait non, on se carréise (du verbe 'carréiser', 'mettre au carré'):

- Je suis tellement hypée pour l'adaptation de 'The Handmaid's Tale'.
- Haaan mais j'ai tellement aimé ce bouquin!
- Mais moi aussi! J'adore les dystopies sociales!
- Mais moi aussi! En plus dans la série y'aura Elizabeth Moss!
- HAAN MAIS JE L'ADOOORE!
- MAIS MOI AUSSIIII!

Pendant ce temps, tous les autres gens du département:


Et enfin, on a Amber.

Amber est gentille des fois, et méchante souvent. Mais comme les fois où elle est gentille rattrapent les autres, elle est globalement cool.

Amber, c'est la seule personne du département qui ne vit pas pour le marketing, et des fois ça fait franchement du bien, parce que quand tout le monde est en train de parler de campagnes et de lead generation, Amber c'est la personne qui se penche vers moi et chuchote:

- J'ai mon slip qui me rentre dans les fesses, on va prendre un café comme ça je le remets en place discret pendant qu'on marche?

Amber c'est la personne que quand on a fait le jeu de "si le département était une série télé, on serait quels personnage" on en a déduit qu'elle était un mix parfait entre April de Parks and Rec (pour l'antisociabilité) et Stanley de The Office (pour le PUR SASS):




(Oui, oui, et oui.)

Mais son niveau de sass est tellement fun qu'on glousse quand même beaucoup dans l'open space.

Ça saoule beaucoup tous les autres départements.

Mais on les emmerde, on est le marketing et tout le monde sait que c'est le meilleur département.


Bref, tout ça pour dire qu'avec ces spécimens dans mon entourage, c'est rien de dire qu'ils sortent souvent des rigoloteries. A tel point qu'on a même un cahier spécial (qu'on garde dans un tiroir du bureau) labellisé "weird shit the marketing department says". 

(On a chacun notre page.)

Et donc, à la demande générale de neuf personnes sur ma page Facebook qui m'ont assurée que yes, they speak English, Wall Street English, je te livrerai donc ces perles très prochainement.

(D'abord il faut que j'aille faire le tri.)

A plus dans le bus!

samedi 15 avril 2017

Une vraie, une dure, une tatouée (bis)


Et donc je me suis fait faire un tatouage.


J'en avais déjà fait un pour mes 20 ans, en 2008 donc (bouhou je suis si vieille) – un petit phénix sur l'épaule gauche. Et je l'adore toujours malgré le temps qui l'a délavé, et malgré le fait que PAS UNE SEULE PERSONNE EN NEUF ANS n'a réussi à comprendre ce que c'était:

- Oh c'est joli ce tatouage! C'est une...grenouille?

- Mais non Sylvie, tu vois bien que c'est un lézard!
- Ah? Moi je croyais que c'était une tortue.
- Peut-être une salamandre?




(Franchement, presque.)

Et depuis pas mal de temps, je voulais me faire un deuxième tatouage (et, si possible, moins cryptique). J'avais comme projet de me faire un tatouage à thème "Nouvelle-Zélande", comme en plus c'est le pays du moko, mais je l’avais repoussé maintes fois, d’abord faute d’argent, et ensuite parce que mon corps a décidé que ce serait fun de me faire cosplayer Michael Jackson (comme si j’étais pas déjà assez blanche comme un cul) et donc je me suis mise à faire du vitiligo dans tous les sens.

(Pour rappel, le vitiligo, c’est quand des morceaux de ta peau perdent leur mélanine – en gros, t’as des taches albinos qui apparaissent un peu à la n’imp nawak sur ton corps.)

Et le vitiligo, c’est pas dangereux ni douloureux, c’est juste pas gégé niveau esthétique. Parce qu’on n’a pas tous des taches symétriques qui ont l’air hyper classe :



(On n’est pas tous non plus des mannequins ultra bonnasses, mais c’est une autre histoire.)

Apres, j’habite dans le pays du non-jugement depuis quelques années, donc ça fait longtemps que j’ai fini de m’en battre les couilles de mon apparence (cf. mes excursions au supermarché en short-pyjama, tongs et pull troué) (et encore, j’ai pas osé les pieds nus). Mais le dermato m’avait déconseillé les tatouages, rapport au fait que le vitiligo kiffe se fixer sur le tissu cicatriciel – tissu qui se créé quand on se blesse...ou qu’on se fait faire un tatouage.

Du coup, pendant deux ans, j’ai fait super attention à ma peau. J’évitais le soleil, je couvrais la moindre croûte de pommade cicatrisante, et j’avais laissé tomber l’idée du tatouage.

Sauf qu’entre-temps, j’ai quand même eu du vitiligo qui m’a poussé sur le corps comme des champignons albinos (en mode une égratignure = une tache) alors au bout d’un moment j’ai dit fuck it.

Et comme en plus on avait décidé de rentrer en France et que je voulais un souvenir de mon pays d’accueil, j’ai mis les hésitations au placard, et j’ai googlé « Bon studio de tatouage à Auckland, genre pas ceux qui t'inoculent la rage merci ».

Et c’est comme ça que je suis arrivée sur le site de Sunset Tattoo, et que je suis tombée amoureuse des designs de Tristan Marler.






(J’veux dire, voilà quoi.)

J’avais déjà une vague idée de design, qui était de me faire tatouer un kauri, parce que c’est mon arbre préféré en Nouvelle-Zélande et dans mon top 5 de mes arbres préférés au monde.

Anecdote : quand j’ai parlé de mon idée à mes amis néo-zélandais, tout le monde m’a fait la remarque :

- Mais QUI a des arbres préférés ?


Et j’ai envie de répondre : qui n’a PAS d’arbres préférés ?


Moi j’ai un classement top 10 de toutes les choses au monde que j’aime, et ça inclut les saveurs de chips, les accents de la langue anglaise, les chansons de Pink Floyd, les sauces pour pâtes, les groupes de power metal, les épisodes de Game of Thrones, ET LES ARBRES.


(Pour les curieux, la liste complète est 1. Saule pleureur, 2. Marronnier, 3. Bouleau, 4. Sapin, 5. Kauri, 6. Peuplier, 7. Frêne, 8. Pohutukawa, 9. Platane et 10. Hêtre.)

Bref bref.

Du coup, je suis allée voir Tristan pour une consultation, qui s’est passée à peu près comme ça :

- Alors, qu’est-ce que tu voudrais comme tatouage ?

- Je voudrais un kauri.
- Non. Autre chose ?



J’étais un poil déçue, mais ensuite le mec m’a expliqué que les arbres c’était pas un design recommandé, puisque de 1. Il fallait les faire très grands pour que ça rende bien au niveau des détails, et que de 2. Même grands, au bout de quelques années, les contours des branches/feuilles allaient s’estomper et se rentrer dedans, et ça deviendrait flou et moche.

Du coup, comme j'avais quand même envie d'un tatouage qui resterait joli plus de deux ans (d'autant que je prévoyais de le faire sur le bras, qui est quand même une partie du corps plutôt visible) j'ai décidé de faire plus large dans l'idée "souvenir de Nouvelle-Zélande" et de me faire tatouer un paysage néo-zélandais.

J'ai donc dit à Tristan:

- Alors il faut qu'il y ait au minimum un volcan et une cascade.

- Pas de soucis.
- Et aussi le bush, et un lac.
- Heu...
- Oh! Et un long nuage blanc. 
- Oookay.
- Mais je veux pas que ça soit trop grand, hein.

Et tu sais quoi? Il l'a fait.


Je suis retournée au studio deux semaines plus tard, et il avait un design tout prêt avec exactement ce que j'avais demandé, et même un peu plus ("j'ai rajouté des roches volcaniques, c'était classe").

Par contre, le design initial était un peu grand (du coude à l'épaule) et j'avoue que ça avait l'air super badass mais j'étais pas prête émotionnellement à devenir une nana qui a un-demi bras tatoué. Dans ma tête, ça impliquait trop de jeans troués et de bottes de motard pour avoir l'air raccord, et même si c'est un look que j'adore, dans la vraie vie de tous les jours j'ai un travail où le code vestimentaire est plutôt genre "jupe tailleur et petits souliers vernis", c'est pas le même délire, on en conviendra.

Du coup, on a raccourci un peu le truc, et on l'a fait partir d'un chouïa plus bas, histoire de couvrir la tache de vitiligo sur mon coude.



(Puisque, comme je savais toujours pas si le tatouage n'allait pas créer PLUS de vitiligo, je me suis dit "autant commencer par un endroit déjà affecté".)

C'est donc le coeur plein d'entrain et l'estomac plein de pancakes que je me suis rendue au studio de bon matin (10h) (ben oui mais le week-end c'est de bon matin je trouve) le premier avril.

(La date aura son importance dans l'histoire plus tard.)

Je suis arrivée et j'avais même pas eu le temps de dire bonjour qu'on m'avait déjà chopé le bras et rasée sur toute la longueur.


(MAIS?)

Enfin je sais qu'il y a des petits poils, mais si on m'avait prévenu à l'avance, je les aurai épilés!

(Maintenant ça va repousser tout dru et j'aurai des poils de barbe sur le bras, PAS MERCI.)

Et puis Tristan m'a collé le pochoir sur le bras, je suis allée l'admirer dans le miroir pour valider l'emplacement, et puis il m'a dit "installe-toi confortablement", il m'a fait une clé de bras, et il m'a charcutée sans un mot pendant trois heures.

(Je me rappelle avoir pensé au bout d'une heure que c'était quand même bien dommage d'avoir oublié de prendre mon walkman.)

Je m'attendais à souffrir sérieusement, mais au final, c'est de l'ennui que j'ai surtout souffert – ma position (allongée sur le ventre avec le bras retourné le long du corps) rendait la chose plus inconfortable que douloureuse.

Bref, ça faisait deux heures que j'étais sur le billard, et j'étais en train de me dire que woh, eh, Charlotte, franchement tu gères ça comme un guerrier barbare, même pas mal ni rien, du sang de Viking coule dans tes veines ma championne.


Et là, on est passés sur le coude.




Je dois avouer que j'ai quand même un peu morflé la dernière heure – pas de la douleur insoutenable, mais Tristan devait quand même me plaquer le bras le long du corps pour pas que je tressaille. 

(En gros, c'était pas de la douleur à crier ta mère, mais c'était de la douleur à gémir très doucement "Pourquoiiiii? Pourquoi tant de cruautééééé?")

Au bout de trois heures, j'ai enfin eu le droit de me dégager de la clé de bras, de m'asseoir et de boire un verre d'eau, puis d'aller admirer très vite le résultat final avant que Tristan ne m'enroule le bras dans du cellophane.

Le résultat final était un peu rouge (et un peu saignant vers le coude, qui avait pas mal morflé) mais tout de même MAGNIFAÎQUE:


(Vise un peu!)

J'avais dit à personne dans ma famille que j'allais me faire faire un tatouage, vu qu'ils sont plutôt hostiles à ce genre de trucs (surtout quand c'est sur une partie du corps exposée aux regards) et que j'avais surtout pas envie de me taper le laïus que je sentais venir du côté maternel:

- Mais Charlotte, pense au vitiligo, bla bla bla complètement inconsciente, bla bla bla et pour trouver un travail respectable, bla bla bla et tu sais j'ai lu qu'on peut attraper le sida, etc.


Donc, comme ils étaient tous à l'autre bout du monde, je me suis dit que je les mettrai juste devant le fait accompli, comme ça ce sera trop tard pour dire que c'était une mauvaise idée.

Là où j'ai beaucoup rigolé, c'est que, comme je te l'ai dit plus haut, je me suis fait faire le tatouage le premier avril – détail qui m'avait échappé sur le coup, mais qui a donné sans que je le veuille le meilleur poisson d'avril que j'aie jamais fait:

- Alors quoi de neuf chez vous?

- Eh bien en fait, aujourd'hui, je suis allée me faire tatouer!
- Ha ha! Poisson d'avril!
- Hein? Non non, sérieusement.
- Elle est bien bonne celle-là!
- Non, mais regarde, je te montre à la webcam.
- Dis donc, c'est bien fait, on dirait presque un vrai!

Les têtes de ma famille au moment où ils ont réalisé que c'était pas une blague, c'était magique.




(Un peu comme ça.)

Ce qui était moins magique, c'était la réaction de ma mère:

- Bon maman, je sais que tu n'approuves pas, mais je me suis fait faire un tatouage...

- Non! Charlotte! Mais le vitiligo....
- Mais ça va, maman, ça fait une semaine et il n'y a aucune trace....
- Mais le dermato avait bien dit que c'était une mauvaise idée! C'est complètement inconscient! Et sur le bras en plus! Comment tu vas faire pour trouver un travail respectable?
- Eh ben je mettrai un pull, écoute maintenant c'est fait...
- Tu sais que j'ai lu qu'on pouvait attraper l'hépatite B dans les salons de tatouage?

(Bon, mes prédictions étaient justes à 90%.)

Et, si l'enthousiasme de ma famille était, disons, plutôt tiède, mes amis et mes collègues de bureau ont bien rattrapé le coup, à coups de "ouaaah trop canon meuf!" et "j'adore ce design, il est si beau" et "han t'es si courageuse, ça a dû faire tellement mal!"



(Moi arrivant au boulot toute la première semaine.)

Niveau soins post-tatouage, c'était plutôt minimal, j'avais juste une crème cicatrisante à étaler sur la surface de la peau trois fois par jour, et l'interdiction formelle de gratter ou de frotter les croûtes.

Ce qui était plutôt facile les 3-4 premiers jours, sauf qu'ensuite la cicatrisation s'est vraiment mis en marche, et là, CA DÉMANGEAIT, t'imagines même pas.

C'était d'autant plus horrible que:

1. J'ai aucun self-control et je me gratte toujours comme un chien avec ses puces (croûtes, piqûres de moustiques, je les gratte systématiquement jusqu'au sang)

2. Le tatouage est sur mon bras, AKA l'endroit super facile d'accès pour se gratter.

Vers la fin de la première semaine, ça démangeait tellement, et j'avais tellement peur de gratter le tatouage dans mon sommeil, que, je l'avoue, j'ai dormi quelques nuits avec une chaussette sur la main gauche.


(Glamour total.)

Mais au final, ça valait totalement le coup, puisque de 1. aucune trace de vitiligo (YES) et de 2. mon tatouage est enfin cicatrisé, et il est aussi beau que dans mes rêves:



On a donc, de bas en haut: un lac, une cascade, le bush d'un côté et des roches volcaniques de l'autre, un volcan en haut, et le long nuage blanc pour la symbolique.

(Le nom originel de la Nouvelle-Zélande est Aotearoa, "le pays du long nuage blanc" – ao = nuage, tea = clair et roa = long).

Morale de l'histoire: je suis très contente de mon tatouage, qui a l'air super cool, et ça fait plaisir d'avoir enfin un tatouage où les gens arrivent à dire ce que ça représente – même si, là encore, y'a des accrocs:

- Oh il est joli ton tatouage Charlotte! Ça représente quoi?
- La Nouvelle-Zélande.
- Ah bon? Mais c'est juste un paysage, ça représente rien! 
- ....
- Non, si tu voulais vraiment représenter la Nouvelle-Zélande, t'aurais dû faire un kiwi, ou une fougère.

OU J'AURAIS PU FAIRE UN BURGER A L'AVOCAT EN TRAIN DE SE FAIRE SODOMISER PAR UN MOUTON, MAIS EST-CE QUE CA T'AURAIT EMPÊCHÉ D'OUVRIR TA GRANDE GUEULE KAREN?

(Non, je crois pas, non.)


Question de fin d'article (ça m'intéresse): est-ce que tu as des tatouages? Si oui, pourquoi et que représentent-ils?

samedi 8 avril 2017

Cher pays de mon enfance


Et donc Flaxou et moi on rentre en France.

Ça a été une décision très difficile à prendre, et on a passé plusieurs mois dans l’incertitude (sachant que ça faisait plus ou moins cinq ans qu’on était dans l’incertitude de base) à faire des aller-retour émotionnels :

- Putain de bouchons! J’ai mis UNE HEURE à faire HUIT KILOMÈTRES ! Je serais LITTÉRALEMENT ALLÉE PLUS VITE A PIED !
- PAYS DE MERDE !
- ON SE CASSE !

Le lendemain :

- A midi je suis allée manger avec mes collègues et le patron du restaurant est venu s’excuser parce que la bouffe avait mis 30 minutes à arriver. Et du coup il nous a offert tout le repas !
- Haaan mais ce pays est tellement génial !
- CES GENS SONT TELLEMENT COOLS !
- ON RESTE !

On a fini par peser très sérieusement le pour et le contre de la Nouvelle-Zélande (avé un tableau et tout) et on est arrivés à un match nul :

Pour
Contre
Pas de pollution
Les transports puent du cul
Eau du robinet super bonne
Le système scolaire est pourri
Gens sympas
Pas de crèches publiques
Tout le monde est relax
Congés maternité mon cul
Les Kiwis sont moins racistes
Sérieusement, les transports c'est la misère
Les Kiwis sont BEAUCOUP moins sexistes
Système de santé aux fraises
Ces paysages mon Dieu laisse-moi mourir
Options shopping LOL (cé koi la mode?)
Y'a tellement de place partout
Options fromages et Kinder misérables (pas de Bueno, non mais sérieux)
Les rues sont ultra propres
Acheter une maison à Auckland même pas en rêve
Jamais besoin de faire un créneau
Trouver du travail hors d'Auckland même pas en rêve
La courtoisie au volant
300 balles pour un plombage ce foutage de gueule
Personne ne juge l'apparence des autres
Personne ne comprend Flaxou au téléphone
Criminalité quasi nulle
Les films internationaux sortent trois mois après tout le monde (quand ils sortent)
Jamais à plus d'une heure de la plage
Même la putain de farine coûte 4 dollars c'est quoi le deal avec ces prix?

Au final, c’est l’argument qui revient depuis le début qui l’a emporté, à savoir : je ne peux pas envisager d’avoir des enfants loin de ma famille, et Flaxou ne peut pas envisager de ne pas avoir d’enfants dans les trois prochaines minutes.

(Sérieusement, son horloge biologique est HORS DE CONTRÔLE.)

Donc, comme Sarah et Flo (le frère de Fla) se marient en juin et qu’on serait venus de toute manière vu qu’on est tous les deux témoins, on s’est dit allez hop, on prend un aller simple et c’est marre.

Et, si la décision était difficile à prendre, t’imagines même pas comme l’annonce a été dure.

Evidemment, on s’attendait à ce que ce soit difficile d’annoncer la nouvelle à nos amis Kiwis :

- Bon les filles, j’ai une nouvelle importante à vous annoncer…
- T’es enceinte !


- En fait, Fla et moi, on a décidé de retourner vivre en France.
- … Parce que t’es enceinte ?

(Non, toujours pas, non.)

Alors bien sûr, c’était compliqué de gérer les réactions de tout le monde, entre les amis compréhensifs :

- Vous allez nous manquer, c’est sûr, mais on est quand même super contents pour vous !

Et les amis…. différents :

- Salut Amber !
- Salut JUDAS.

(Je travaille à un mètre de cette meuf.)

(Les prochains mois vont être longs.)

Donc c’était une pilule un peu difficile à avaler, particulièrement pour mes copines du boulot, qui redoutaient un peu mon remplacement :

- Qui va nous offrir du chocolat ?
- Qui va toujours avoir des sparadraps sur soi ?
- Qui va nous bassiner tout le temps avec des anecdotes super rasantes ?


- Mais je croyais qu’elles te faisaient chier, mes anecdotes, Amber.
- OUI ELLES ME FONT CHIER MAIS APRES J’APPRENDS DES TRUCS UTILES.

(Je le savais !)

La, on est au décompte M-2, et c’est arrivé au stade où j’ai même plus besoin de mentionner que je m’en vais pour que tout le département s'énerve – maintenant, elles le font toutes seules :

- Eh Charlotte, tu sais l’endroit ou on achète les sushis ?
- Oui ?
- Eh ben je suis passée à côté aujourd’hui et ils viennent d’ouvrir un studio de yoga! C’est cool non? On pourrait arranger un truc pour y aller de temps en temps après le boulot ah non merde c’est vrai tu t’en vas RAH PUTAIN POURQUOI JE TE PARLE SALE LÂCHEUSE TU M’ÉNERVES !



(Ooookay.)

Donc oui, c’était une annonce difficile à faire du côté néo-zélandais.

Mais en fait, on n’avait pas réalisé que ce serait une annonce difficile à faire même du côté français :

- Alors voila tout le monde, j’ai une grande nouvelle…
- T’es enceinte !
- Non.
- Ooooh.
- Mais je rentre en France !
- Ah mais c’est super !
- …
- Donc t’es vraiment pas enceinte du tout, c’est sûr ?


(Vous me le dites si je vous fait chier, hein.)

Et c’était encore mieux avec ma mamie, qui me bassine depuis que je suis partie à grands coups de guilt-trips comme elle en a le secret :

2013 :

- Tu rentres quand ?
- Pour Noël.
- Mais alors tu seras pas là pour mes quatre-vingts ans? Tout le monde vient exprès... sauf toi.


2014 :

- Tu rentres quand ?
- Noël prochain, et je serai là jusqu’à janvier !
- Seulement un mois ?


2015 :

- Tu rentres quand ?
- Pour l’anniversaire de papa.
- Ah, oui. J’espère que je serai encore vivante.



2016 :

- Tu rentres quand ?
- Mamie, je suis pas encore repartie.
- Oui mais tu nous manques déjà….



Alors là, j’étais aux anges de pouvoir lui en boucher un coin lui annoncer la bonne nouvelle :

- Bon mamie, j’ai une super nouvelle, JENESUISPASENCEINTEMAIS je rentre en France en juin !
- Ah c’est bien. Papy et moi on est allés dans les Ardennes.
- T’as entendu ? Je rentre en France !
- Oui c’est super. On est allés voir Gilbert et Pierrette, je leur avais préparé une choucroute, ils étaient ravis !
- Je… je rentre pour de bon cette fois-ci, tu sais ! T’es contente ?
- Oui très contente. Alors j’ai dit à Pierrette, je te donnerai la recette, et Gilbert a dit, tu veux pas plutôt m’épouser, ça irait plus vite ! Ah, on a rigolé !


Donc, pour résumer :

1. On rentre en France.

2. Tous nos proches Néo-Zélandais sont tristes qu’on parte.

3. Tous nos proches Français s’en battent les couilles qu’on rentre.

VOILA VOILA.

Bon alors bien sûr, j’exagère (ma famille n’est pas composée QUE de gros ingrats).

Sarah était très contente, la grand-mère de Flaxou a pleuré de joie, sa mère est partie en cris supersoniques, même mon père a dit « Je suis très content » (ce qui est quasiment gênant d’effusion).

J’ai annoncé la nouvelle à ma mère sur Skype quand elle était en train de repeindre le couloir de l’entrée, et elle est allée direct OVER THE TOP :

- Tu vois, ce couloir, eh bien maintenant ça restera pour toujours et à jamais mon endroit préféré de la maison.
- Je…
- Chaque instant où je franchirai cette porte sera un souvenir de ce moment de pur bonheur.
- D’acc…
- Chaque seconde que je passerai dans ce couloir sera illuminée par cette nouvelle.

(Je me demande d’où je tiens ma tendance à l’emphase, dis donc.)

J’ai pas pu annoncer la nouvelle à ma sœur directement parce que c’est une femme des cavernes qui vit sans Internet mais elle était suffisamment réjouie par la nouvelle pour lever le ban sur le marrainage qu’elle avait décrété quand j’ai annoncé mon départ – j’ai donc eu le grand plaisir d’être officiellement nommée marraine du nouveau bébé Emma.

(En plus j’ai bien fait de louper le coche la première fois, parce qu’il paraît qu’elle est vachement plus cool que sa sœur le tyran.)

Au final, même ma mamie a fini par rejoindre les rangs à coups de coups de fil tous plus choupi les uns que les autres :

- Salut mamie, ça va?
- Salut mon lapin, oui ça va bien. La nuit dernière j'ai rêvé de toi!
- Ah bon?
- Oui, j'ai rêvé que tu étais rentrée à la maison, et je te faisais une tarte aux myrtilles.
- ...
- Après je me suis réveillé et j'étais triste, parce que tu rentres en juin et ce sera pas la bonne saison. Mais je suis allée voir dans le congélateur et il me reste des myrtilles de l'année dernière, alors ça va!


(Merci mamie.)

dimanche 26 mars 2017

Une semaine à Niue, partie II


Résumé des aventures précédentes :

(Previously, on the blog)

Donc Flaxou et moi on était partis pour une semaine de rêve sous les tropiques, pour se faire accueillir au bout de trois jours par la pluie la plus intense qu’on avait jamais vue.


(Super.)

(Cela dit, ça avait quand même l’avantage non négligeable de faire taire les poules ET de calmer les assauts des moustiques.)

On a quand même bravé la pluie assez longtemps pour se rendre à l’office du tourisme et s’enquérir d’une amélioration éventuelle:

- Ah non, là c’est parti pour au moins trois ou quatre jours! En fait, je suis même surprise qu’il ait fait beau depuis que vous êtes arrivés. Trois jours de soleil à la chaîne, ça n’arrive pas souvent en cette saison.

Eh oui, car il y avait une raison pour laquelle les vols pour Niue sont si peu chers en février-mars.

Répète après moi ton cours de géographie de CE2: « Le climat tropical est chaud et humide en été, chaud et sec en hiver. »

Et vraiment, le mot a retenir est “humide”, parce que MANDIEU COMME IL A PLU.

Il a plu des tonneaux, des barils, des cordes, des chats et des chiens.

Il a plu comme pas permis jusqu’à notre dernier jour, mais tu crois que ça va nous décourager après quatre ans à vivre submergés sous les quinze tonnes de flotte de la Nouvelle-Zélande ? Que nenni !


(En plus il faisait trente degrés dehors, donc la pluie était chaude.)

(Et puis comme ça au moins ça lavait un peu l’odeur de transpi.)

Le seul problème pour Flaxou, c’est qu’avec la pluie sont aussi venus des vents violents de l’Ouest, et ça voulait dire adieu la plongée, puisque la mer ressemblait à ça :


(Accueillant)

Du coup, comme il avait pas trop envie de mourir déchiqueté sur des coraux coupants, on a décidé de se rabattre sur des activités d’exploration de l’île.

C’est ainsi qu’on a découvert des endroits assez sympathiques, comme le Togo Chasm, qui nous promettait « de l’aventure et du frisson ».

Du frisson, j’en ai eu dès les premières minutes de marche dans la jungle, vu qu’elle était bourrée à craquer de huit millions de grosses araignées (qui en plus avaient toutes tendues leurs toiles pile en travers du chemin).


(Paye ton pays sans oiseaux.)

Et puis on a débouché hors de la forêt et sur le bord de mer, et c’était l’Emyn Muil.


Sans déconner, c’est pas juste mon imagination fertile, on est d’accord que c’est carrément super à fond l’Emyn Muil ?


Evidemment, j’étais aux anges, mais la suite de la balade nous réservait d’autres surprises – entre autres, un chemin qui finit par une échelle super glissante et raide, pour arriver sur une petite plage plutôt glauque :




J’ai notamment commencé à travailler un peu du ciboulot en avisant les nombreux restes de petits crustacés qui jonchaient le sol :

- Tu sais à quoi ça ressemble ?
- Non.
- A tous les films où le héros tombe sur des squelettes de petits animaux, avant d’arriver pile dans la tanière du monstre.
- Tu sais que c’est probablement juste un gros crabe qui a mangé les petits crabes?
- Mais un crabe gros COMMENT ?

 J’étais pas beaucoup plus rassurée en voyant les cicatrices sur les troncs des cocotiers :


- Tu penses que c’est quoi qui a fait ces entailles ?
- Surement des haches, ou des couteaux.
- Ou des PINCES DE CRABE GÉANT !
- Oye.

A partir de là, c’était fini.

- C’est joli cette petite gorge, tu trouves pas Cha ? Tranquille… A l’abri des regards…
- Aucune habitation à des kilomètres…
- Personne pour venir nous déranger….
- Pendant qu’on se fait DÉVORER VIVANTS !


(M’est avis que Flaxou avait d’autres idées en tête.)

Et puis il a commencé à pleuvoir des trombes et on est repartis se réfugier sous le couvert des arbres (et des araignées).

- Mais réfléchis, Cha ! S’il y avait vraiment un crabe géant mangeur d’hommes, pourquoi est-ce que l’office du tourisme nous enverrait juste sur son territoire ?
- EN SACRIFICE, FLA ! MON DIEU, T’AS JAMAIS LU UN CHAIR DE POULE ?!

(Je te jure, ce raisonnement de débutant.)

Parce que oui, les crabes a Niue, parlons-en.

Ils s’appellent ‘uga’ en niuéen, et ‘coconut crab’ en anglais, et c’est des trucs assez intéressants.

Les uga naissent dans l’océan, et commencent leur vie sur la plage. Comme leur carapace est molle et fragile, ils utilisent des coquillages pour se protéger (comme des bernard-l’hermite).


(Un bébé uga)

Puis ils migrent doucement de la plage vers la jungle, et au bout de quelques années, ils abandonnent leur coquillage pour une très jolie carapace chamarrée.



(Et presque chaque crabe a sa propre couleur !)

Les uga mangent principalement des noix de coco (d’où leur nom anglais) mais aussi des fruits, des insectes, des lézards, ou d’autres crabes. Ils sont très doués pour grimper aux cocotiers  parce qu’ils ramassent les noix de coco tombées au sol, et les hissent en haut de l’arbre pour les laisser tomber et briser la coque. Par contre, désolée du faux espoir, mais ce n’est pas eux qui sont responsables des cicatrices sur les arbres.

(Les marques viennent des habitants de l’ile qui, dans le temps, plantaient leur machette sur un tronc pour la retrouver facilement.) (Ca ne se fait plus aujourd’hui parce que le respect n’est pas mort et c’est cool.)

Les uga peuvent vivre jusqu’à 60 ans, et peser jusqu’à 5 kilos – autant te dire qu’on était moyennement rassurés quand on tombait dessus dans la forêt.

(En réalité, c’est eux qui devraient pas être rassurés – il parait que l’uga est délicieux.)

(On n’en a pas mangé parce que c’était la période de reproduction, donc c’est interdit de les chasser.)

Après, on ne les croisait qu'assez rarement, vu qu'ils sortent surtout la nuit. Là où on a rigolé, c'est quand on a fait la visite d'une ferme (oui ben on s'occupe comme on peut quand il pleut, hein) et que le guide nous a dit:

- Là c'est ma parcelle qui est juste en bordure de la forêt, alors je laisse des noix de coco ouvertes comme appâts, comme ça je viens récolter mes fruits et légumes, et le dîner en même temps!
- On va voir des crabes, alors?
- Ah non, c'est pas la saison, alors j'ai pas d'appâts. Mais si vous voulez en voir, je vais vous en trouver!

Puis il est parti dans la jungle en nous laissant debout au milieu des bananes, et il est revenu deux minutes plus tard en disant:

- Bon, celui-là est pas très gros, mais ça vous donne une idée!



OUI CA NOUS DONNE UNE BONNE IDÉE OUI JEAN-MI.

On a d'ailleurs pas mal aimé la visite de la ferme, puisque le gars s'arrêtait tous les trois mètres pour nous faire goûter tout ce qu'il faisait pousser:


- Là j'ai des papayes, vous aimez la papaye?
- Heu, ouais, un peu.
- Bon alors j'en cueille trois, une chacun.
- Okay!
- Et là j'ai des pastèques, vous aimez la pastèque?
- Ouais!
- Bon alors j'en cueille deux-trois aussi.
- Mais ça fait beaucoup quand mê...
- Vous aimez la noix de coco?


(Okay, ben noix de coco pour tout le monde alors)

Et c'était super cool parce qu'on a mangé des tonnes de fruits pendant que le mec nous expliquait sa manière de cultiver plutôt ingénieuse:

- Comme il n'y a pas assez d'humus partout, je laisse des terres en friche plusieurs années, et régulièrement, je viens couper tout ce qui pousse et je laisse les plantes pourrir pour former une couche fertile. 
- Et après, vous plantez quoi?
- Oh ben ce que j'ai sous la main. Tiens, ceux qui ne veulent plus de leur pastèque, jetez-là ici, ça fera une nouvelle plante.
- Mais vous avez des bananes ici!
- Oui, ben comme ça j'aurai des bananes et une pastèque.

(Attends que j'aille raconter à ma mamie que le mec il mélange les cultures dans la même parcelle.)

- Là j'ai mis du manioc et du taro, et au supermarché ils avaient une promo sur les oignons, alors j'ai planté des germes d'oignon. Tu vois, tu marches dessus.
- Oh pardon!
- Non, c'est bien! Chez moi on dit qu'il faut toujours marcher un peu sur les plantes, comme ça après elles sont furieuses contre toi et la rage les fait pousser plus vite.


(Egalement un truc que je vais devoir expliquer à ma mamie quand je piétinerai ses fraisiers.)

Bref, c'était hyper cool, on a appris plein de choses sur l'agriculture de Niue – notamment le fait que les cultures ici sont 50% vanille, 50% taro, et que si y'avait pas des cocotiers tous les mètres carrés ce serait 100% noix de coco, parce que sérieusement les gens ADORENT la noix de coco dans ce pays.


(Les Niuéns, une illustration.)

Elle est moins utilisée aujourd'hui, mais avant la démocratisation des avions et des importations, les habitants de Niue (et de toutes les îles du Pacifique) utilisent la noix de coco pour TOUT: les fibres pour tisser, la chair à manger, l'eau à boire, et la coquille comme récipients.

Et la noix de coco était d'autant plus vitale à Niue que l'île n'a aucune rivière – il y a de l'eau douce en réserve sous terre, mais il n'y avait que deux points d'eau douce à découvert sur toute l'île, et on est descendus en voir un et on a galéré même avec nos chaussures de marche:


(Vue d'en bas vers le chemin qu'il faut remonter pieds nus, chargés d'eau)

Du coup, la plupart du temps, les gens buvaient juste de l'eau de coco en complément du peu d'eau douce qu'ils pouvaient ramener tous les jours.

(Et une noix de coco, ça contient PLEIN d'eau, en fait!)


(Et elle est super bonne et sucrée et elle a pas le goût de noix de coco du tout!)

Bref, on est repartis de cette visite ravis et repus, et même avec du rab:

- Vous logez où?
- Avatele.
- Ah, vous êtes chez Ozwin! 


(On commence à avoir l'habitude.)

Et le mec de nous amener un sachet plein de taro et de bananes plantain, et nous disant:

- Vous prenez une moitié pour vous, et vous lui donnez l'autre.

Autant dire qu'on a festoyé pendant deux jours avec Ozwin.

Parce que le reste du temps, il faut avouer que c'était pas trop la fête niveau culinaire.

Tu te rappelles quand j'avais dit qu'on était arrivés hors saison touristique? 

Et la fois où j'ai dit que 95% des produits de l'île étaient importés?

Résultat: il y avait deux restaurants d'ouverts, et ils étaient MEGA CHER.

Donc pour pas casser le PEL, on a passé la semaine à manger des trucs pas cher qu'on pouvait faire dans notre kitchenette, alias: des trucs dégueu et bourrés de sel et de conservateurs.


(Moi devant mon dîner de raviolis en boîte.)

Et après quelques jours de poulet en conserve et de macaronis au micro-ondes, j'ai mis le holà en disant gentiment à Fla:

- BORDEL DE MERDE ON EST EN VACANCES SUR UNE ÎLE ET JE VAIS ALLER MANGER DU PUTAIN DE POISSON MAINTENANT OKAY?

On a donc atterri chez Kai Ika, parce que le nom me semblait un bon présage (kai = manger, ika = poisson) malgré le panneau devant qui disait "Sushi and New York style pizza" et qui nous a pas mal intrigués, parce que des sushi avec de la pizza, sérieusement?

En fait, comme on l'a appris plus tard du patron (qui est venu taper la discute parce qu'on était les seuls clients), le restaurant est le fruit d'une collaboration entre lui-même (un expat Israélien qui a une petite entreprise de pêche) et le chef (un expat Japonais et diplômé d'une école de sushi de Tokyo). Le patron ramène du poisson frais tous les jours, et le chef prépare des TUERIES de sushi avec.

- Et la pizza, dans tout ça?
- Ah ben ça c'est parce qu'il faut bien faire du chiffre. Vous savez, sur une petite île comme ça, on ne peut pas se permettre d'offrir seulement du poisson cru.
- Et qui la prépare?
- C'est moi, j'ai vécu à New York et j'ai bossé dans pas mal de pizzerias. Vous voulez goûter ma pizza à l'opah? 

(Spoiler alert: la pizza à l'opah c'est super bon.)

Bref bref.

Le reste du séjour s'est passé plutôt pépère, entre l'exploration du reste de l'île pendant les (rares) moments de soleil:



Et le visionnage de séries/lecture avec chats le reste du temps:


(BONHEUR TOTAL)

Mais toutes les bonnes choses (et au bout du compte notre argent) ont une fin, et c'était finalement le moment du départ:

- Merci pour tout, Ozwin. A qui est-ce qu'on donne la voiture, une fois à l'aéroport?
- Oh, ben laissez-là juste sur le parking avec les clefs sur le contact.


(Ce pays, mais sérieusement.)

On a aussi eu notre dose de dépaysement finale quand on est arrivés pour l'enregistrement et que les agents de sécurité ont ECRIT NOTRE BILLET A LA MAIN:


(Avé la faute d'orthographe dans mon nom de famille, mais à ce stade je pense qu'on s'en bat définitivement les couilles de toute façon.)

Bref, c'était notre semaine à Niue, c'était super duper, et j'espère que ça t'a plu autant qu'à moi!

(En vrai ça se peut pas.)

(Personne ne peut surpasser la hype de TROIS CHATS ET UN LIVRE.)